Après un accident du travail, la vraie question n’est pas seulement de savoir si l’arrêt est reconnu, mais surtout ce qui restera réellement sur la fiche de paie. Entre les indemnités journalières de l’Assurance Maladie, le complément éventuel de l’employeur et les règles plus favorables d’une convention collective, l’écart avec le salaire habituel peut être faible… ou beaucoup plus marqué qu’on ne l’imagine. Je fais ici le tri entre les mécanismes utiles, les conditions à remplir et les pièges qui bloquent le maintien de salaire.
Les points à vérifier avant de compter sur un maintien de salaire
- Le jour de l’accident est payé par l’employeur, puis les indemnités journalières commencent dès le lendemain, sans délai de carence.
- Le complément employeur peut démarrer dès le premier jour si les conditions légales sont réunies.
- Le régime de base prévoit 60 % du salaire journalier pendant 28 jours, puis 80 % à partir du 29e jour, avec plafonds.
- Le complément légal dépend de l’ancienneté et s’étend, selon le cas, de 60 à 180 jours sur 12 mois.
- La convention collective ou la prévoyance peuvent améliorer sensiblement le montant versé.
- Les erreurs les plus coûteuses viennent souvent d’un mauvais classement de l’arrêt, d’un oubli dans les délais ou d’une attestation de salaire absente.
Ce qui se passe dès le premier jour d’arrêt
En droit du travail, un accident du travail ne se traite pas comme une absence ordinaire. Le contrat de travail est suspendu pendant l’arrêt, mais cette suspension ne vous fait pas perdre vos droits: l’ancienneté continue en principe à compter pour les avantages légaux ou conventionnels liés à l’entreprise. C’est un point que je trouve souvent sous-estimé, alors qu’il change la lecture du dossier, surtout quand l’arrêt dure ou se répète.
Concrètement, le jour de l’accident reste entièrement à la charge de l’employeur. Ensuite, les indemnités journalières liées à l’accident du travail commencent dès le lendemain, sans délai de carence. La logique est donc simple sur le papier: le premier jour est payé par l’entreprise, puis l’Assurance Maladie prend le relais pour compenser une partie de la perte de salaire. La vraie question devient alors celle du complément éventuel versé par l’employeur.
La notion de consolidation compte aussi: elle désigne le moment où l’état de santé se stabilise, même s’il reste des séquelles. Tant que l’arrêt est médicalement justifié, l’indemnisation suit son cours jusqu’à cette consolidation ou jusqu’à la guérison complète. La suite logique est donc de distinguer clairement les sommes versées par la caisse et celles que l’employeur peut ajouter.
Qui paie quoi entre la caisse et l’employeur
Pour lire correctement une paie après un accident du travail, il faut séparer trois blocs: ce que verse la caisse, ce que complète l’employeur et ce qui peut passer par la subrogation. La subrogation, au passage, ne crée pas un droit supplémentaire: c’est seulement un mode de versement dans lequel l’employeur reçoit les indemnités journalières à votre place et vous verse ensuite une rémunération reconstituée.
| Moment | Versement principal | Règle à retenir |
|---|---|---|
| Jour de l’accident | Employeur | La journée est intégralement à sa charge. |
| Dès le lendemain | Caisse d’assurance maladie | Indemnités journalières AT/MP, versées sans carence. |
| Si les conditions sont réunies | Employeur | Complément légal ou conventionnel pour approcher un maintien de salaire. |
| Si l’entreprise pratique la subrogation | Employeur, avec remboursement de la caisse | Le salarié voit souvent une paie plus lisible, mais le fond du droit ne change pas. |
Sur le régime de base, les indemnités journalières représentent 60 % du salaire journalier de référence pendant les 28 premiers jours, puis 80 % à partir du 29e jour. En 2026, le plafond est de 240,49 € par jour sur la première période et de 320,66 € à partir du 29e jour. Il faut aussi garder en tête que l’indemnité ne peut pas dépasser le salaire journalier net. Dans les dossiers simples, c’est déjà suffisant pour comprendre pourquoi la paie ne correspond jamais à un vrai maintien à 100 % sans complément.
La question suivante est plus délicate: dans quels cas l’employeur doit-il vraiment compléter ces sommes, et à quelles conditions précises?
Les conditions pour obtenir le complément employeur
Le complément employeur n’est pas automatique dans tous les cas, même après un accident du travail. Le socle légal exige plusieurs conditions, et c’est souvent là que les erreurs commencent. Dans les dossiers que je vois passer, le problème vient moins du principe du maintien que d’un détail administratif mal traité dès le départ.
- Une ancienneté d’au moins 1 an dans l’entreprise, appréciée au premier jour de l’absence.
- Une information de l’employeur dans les 48 heures, avec transmission du certificat médical ou de l’arrêt de travail.
- Le bénéfice des indemnités journalières versées par la caisse d’assurance maladie.
- Une prise en charge médicale en France ou dans un autre État de l’EEE, selon les règles légales applicables.
- Une situation qui n’entre pas dans les exclusions légales, notamment pour certains travailleurs à domicile, saisonniers, intermittents ou intérimaires.
Un autre point pratique mérite d’être dit clairement: l’employeur peut demander une contre-visite médicale. Ce n’est pas un détail théorique, car cela permet de vérifier la réalité de l’arrêt et sa durée. Cela n’annule pas le droit au complément en soi, mais cela peut peser si l’arrêt semble mal justifié ou incohérent avec la situation médicale.
Enfin, l’ancienneté s’apprécie au premier jour de l’absence. Autrement dit, si vous atteignez un an d’ancienneté pendant l’arrêt, ce rattrapage ne suffit pas à ouvrir le droit légal rétroactivement. Une fois ces conditions réunies, le calcul devient beaucoup plus lisible.

Comment le maintien se calcule sur la paie
Le calcul légal du complément employeur repose sur une logique simple, même si la fiche de paie peut sembler technique. Le texte de base prévoit 90 % de la rémunération brute pendant les 30 premiers jours, puis les deux tiers pendant les 30 jours suivants. Ensuite, la durée augmente avec l’ancienneté. Le complément est ensuite calculé en déduction des indemnités journalières et, le cas échéant, des sommes versées par un régime de prévoyance financé par l’employeur.
| Ancienneté dans l’entreprise | Durée maximale de maintien sur 12 mois | Répartition |
|---|---|---|
| De 1 à 5 ans | 60 jours | 30 jours à 90 %, puis 30 jours à 66,66 % |
| De 6 à 10 ans | 80 jours | 40 jours à 90 %, puis 40 jours à 66,66 % |
| De 11 à 15 ans | 100 jours | 50 jours à 90 %, puis 50 jours à 66,66 % |
| De 16 à 20 ans | 120 jours | 60 jours à 90 %, puis 60 jours à 66,66 % |
| De 21 à 25 ans | 140 jours | 70 jours à 90 %, puis 70 jours à 66,66 % |
| De 26 à 30 ans | 160 jours | 80 jours à 90 %, puis 80 jours à 66,66 % |
| 31 ans et plus | 180 jours | 90 jours à 90 %, puis 90 jours à 66,66 % |
Deux précisions évitent bien des malentendus. D’abord, les durées se comptent de date à date sur 12 mois, en jours calendaires. Ensuite, si vous avez déjà eu un arrêt indemnisé par l’employeur dans les 12 mois précédents, ces jours sont pris en compte dans le plafond. Le salarié voit donc parfois un maintien plus court qu’il ne l’imaginait, non pas parce que le droit disparaît, mais parce qu’il a déjà été consommé en partie sur la période glissante.
Autre nuance importante: si les indemnités journalières ont été réduites par la caisse, le complément employeur peut malgré tout être calculé comme si elles avaient été servies normalement. C’est un détail technique, mais il peut changer le résultat final. Le point suivant est tout aussi sensible, car il explique pourquoi un accident de trajet ne doit jamais être traité comme un accident du travail classique.
La différence avec l’accident de trajet change vraiment le dossier
Je recommande toujours de vérifier la qualification exacte de l’événement. Accident du travail et accident de trajet ne produisent pas les mêmes effets sur le maintien de salaire. Sur le plan des droits à indemnisation, les deux situations ouvrent une protection, mais les règles de complément employeur ne sont pas identiques.
Pour l’accident du travail, le complément légal peut démarrer dès le premier jour d’absence. Pour l’accident de trajet, la logique est moins favorable: le régime commun du complément suit en principe le délai de sept jours, sauf dispositions plus avantageuses prévues par une convention collective ou un accord. C’est précisément là que beaucoup de salariés se trompent, surtout quand le lieu de l’accident paraît “lié au travail” sans l’être juridiquement.
Si l’événement a eu lieu sur le trajet domicile-travail, il vaut mieux relire la qualification retenue par la caisse et l’employeur avant de faire un calcul de paie. Une mauvaise qualification peut faire croire à un maintien immédiat alors qu’un autre régime s’applique. Et c’est justement à ce niveau qu’interviennent la convention collective et la prévoyance.
Ce que la convention collective et la prévoyance peuvent améliorer
Le droit légal fixe un plancher, pas un plafond. En pratique, la convention collective peut être plus généreuse, et c’est souvent elle qui fait la vraie différence sur le bulletin de paie. Certaines entreprises complètent mieux, plus longtemps, ou jusqu’à un niveau proche de 100 % du salaire brut, parfois dès le premier jour, parfois après une courte période. La prévoyance collective peut aussi prendre le relais pour compenser ce que la loi ne couvre pas entièrement.
Ce que je vérifie toujours, c’est l’articulation entre trois textes: la loi, la convention collective et l’éventuel accord d’entreprise. Si la convention est plus favorable, elle prime sur le minimum légal. Si elle est silencieuse, on retombe sur le régime de base. Et si un contrat de prévoyance finance une partie du maintien, il faut regarder qui paie quoi pour éviter les doublons ou les mauvaises interprétations sur le bulletin.
- La convention collective peut allonger la durée de maintien au-delà des 60 à 180 jours prévus par le droit commun.
- Elle peut aussi augmenter le niveau de rémunération conservé, par exemple en visant un quasi-maintien à 100 %.
- La prévoyance collective peut compléter la perte de salaire après déduction des IJ et du complément employeur.
- Le bulletin de paie peut mentionner des lignes séparées selon que l’entreprise pratique ou non la subrogation.
Il faut aussi garder un œil sur les régimes locaux ou particuliers. En Alsace-Moselle, par exemple, des règles spécifiques peuvent conduire à un traitement plus favorable dans certaines situations. Je préfère rester prudent sur ce point et vérifier le cas concret, parce que les droits exacts dépendent du texte applicable et du motif de l’arrêt. Avant de regarder le montant affiché sur le bulletin, je contrôle surtout les points qui bloquent le plus souvent.
Les vérifications qui évitent une mauvaise surprise sur la paie
Quand un dossier est incomplet, le problème vient rarement d’un refus frontal. Il vient d’un décalage entre la réalité médicale, la déclaration de l’accident et la paie calculée ensuite. C’est pour cela que je conseille de vérifier le dossier dans cet ordre, sans sauter d’étape.
- L’accident est-il bien reconnu comme accident du travail par la caisse, ou l’instruction est-elle encore en cours ?
- L’attestation de salaire a-t-elle été transmise correctement par l’employeur ? Sans elle, les indemnités journalières peuvent être retardées.
- L’arrêt et le certificat médical ont-ils été envoyés dans les 48 heures ? Ce délai compte pour le complément employeur.
- Votre convention collective a-t-elle été relue ? C’est souvent là qu’apparaît le vrai niveau de maintien.
- Le bulletin de paie distingue-t-il bien IJ, complément et éventuelle prévoyance ? Sans cette lecture, on confond vite une avance, une subrogation et un manque réel.
Dans un dossier propre, le bon réflexe est simple: vérifier la reconnaissance de l’accident, l’ancienneté, les délais de transmission et le texte conventionnel applicable. Quand ces quatre points sont clairs, le maintien de salaire devient lisible, même si le calcul est parfois un peu technique. Et si vous êtes encore en phase d’arrêt, la meilleure lecture du dossier reste souvent celle du bulletin de paie, ligne par ligne, plutôt qu’une estimation approximative.