Lorsqu’un arrêt suit un accident du travail, ce n’est pas seulement la reconnaissance du dossier qui compte : c’est surtout le montant réellement versé, le jour où l’argent arrive et ce qui peut venir de la CPAM ou de l’employeur. Je vais le traiter comme je le ferais pour un dossier concret : qui paie, à partir de quand, comment le calcul fonctionne, quand un complément de salaire s’ajoute et quels détails changent la somme nette.
Les points clés à retenir avant de regarder votre paie
- Le jour de l’accident est payé par l’employeur, puis les indemnités journalières prennent le relais dès le lendemain, sans délai de carence.
- La CPAM ou la MSA verse une indemnité journalière calculée sur le salaire brut du mois précédent, avec un taux de 60 % pendant les 28 premiers jours, puis 80 % à partir du 29e jour.
- Le calcul est plafonné en 2026 à un salaire journalier de référence de 400,82 €, avec des IJ maximales de 240,49 € puis 320,66 €.
- L’employeur peut compléter la rémunération si certaines conditions sont remplies, notamment 1 an d’ancienneté et le respect des démarches.
- La subrogation change le destinataire du paiement : l’argent peut passer par l’employeur au lieu d’arriver directement sur votre compte.
- Le net perçu est plus bas que le brut théorique à cause de la CSG, de la CRDS et des règles fiscales applicables.
Qui paie quoi dès le premier jour
Le mécanisme de base est assez simple, et je conseille toujours de le lire dans cet ordre. Le jour de l’accident est intégralement payé par l’employeur. Ensuite, dès le premier jour d’arrêt qui suit, ce sont les indemnités journalières de la Sécurité sociale qui prennent le relais, sans délai de carence. C’est précisément ce point qui différencie l’accident du travail d’un arrêt maladie classique.
| Moment | Qui paie | Conséquence pratique |
|---|---|---|
| Jour de l’accident | Employeur | La journée est payée normalement, quel que soit le mode de rémunération. |
| Dès le 1er jour d’arrêt | CPAM ou MSA | Versement des indemnités journalières AT, sans carence. |
| En cas de rechute ou d’aggravation | CPAM ou MSA | Les mêmes règles de versement s’appliquent à nouveau. |
Il existe une exception utile à connaître si vous travaillez en Alsace-Moselle : sous certaines conditions, les règles sont plus favorables et le salaire peut être maintenu à 100 % dès le premier jour. En pratique, c’est un cas particulier qui peut changer la lecture de la fiche de paie, donc je le garde toujours en tête quand je relis un dossier. Une fois ce relais posé, le vrai sujet devient le calcul du montant.

Comment la CPAM calcule les indemnités journalières
La CPAM calcule d’abord un salaire journalier de référence. Pour un salarié mensualisé, elle prend le salaire brut du mois précédent, le divise par 30,42, puis applique les règles de plafond. En 2026, ce salaire journalier de référence ne peut pas dépasser 400,82 €. Au-delà, le calcul s’arrête à ce seuil.
| Période | Taux appliqué | Plafond 2026 | Ce qu’il faut retenir |
|---|---|---|---|
| Du 1er au 28e jour | 60 % du salaire journalier de référence | 240,49 € | Le montant est aussi limité par le gain journalier net, obtenu en retranchant 21 % au salaire journalier. |
| À partir du 29e jour | 80 % du salaire journalier de référence | 320,66 € | Le même plafond net s’applique, ce qui peut limiter le montant réel versé. |
Le point technique à ne pas rater, c’est le gain journalier net : la caisse retire forfaitairement 21 % au salaire journalier pour déterminer le maximum réellement payables. Autrement dit, la formule théorique peut être freinée par ce plafond net, même si le pourcentage de 80 % semble élevé sur le papier. Les avantages en nature sont en principe pris en compte dans la base de calcul, sauf si vous n’en bénéficiez plus pendant l’arrêt.
Je donne souvent un exemple simple, parce qu’il évite les malentendus. Avec 3 000 € brut mensuels, le salaire journalier de référence tourne autour de 98,61 €. L’IJ est donc d’environ 59,17 € pendant les 28 premiers jours. À partir du 29e jour, le calcul théorique monte à 78,89 €, mais le plafond du gain journalier net ramène le montant à 77,91 €, avant les prélèvements sociaux. C’est précisément ce genre de détail qui explique pourquoi deux salariés en arrêt peuvent recevoir des sommes très différentes. Le calcul étant posé, il faut maintenant voir quand l’employeur ajoute un complément.
Quand l’employeur complète la rémunération
Dans le privé, il ne faut pas imaginer un plein salaire automatique pour tout le monde. L’indemnité complémentaire employeur existe sous conditions : il faut notamment avoir au moins 1 an d’ancienneté au premier jour d’absence, ne pas être travailleur à domicile, saisonnier, intermittent ou temporaire, avoir informé l’employeur dans les 48 heures, avoir transmis le certificat médical et percevoir les IJ de la Sécurité sociale. Les soins doivent aussi être pris en charge en France ou dans l’EEE.
Le complément commence dès le premier jour d’absence, donc sans carence non plus. En revanche, sa durée dépend de l’ancienneté, sur une période de 12 mois glissants. Je recommande de lire ce tableau avec attention, car c’est souvent là que l’on comprend pourquoi une paie reste partielle après plusieurs semaines d’arrêt.
| Ancienneté | Durée maximale sur 12 mois | Répartition du maintien |
|---|---|---|
| 1 à 5 ans | 60 jours | 30 jours à 90 %, puis 30 jours à 66,66 % |
| 6 à 10 ans | 80 jours | 40 jours à 90 %, puis 40 jours à 66,66 % |
| 11 à 15 ans | 100 jours | 50 jours à 90 %, puis 50 jours à 66,66 % |
| 16 à 20 ans | 120 jours | 60 jours à 90 %, puis 60 jours à 66,66 % |
| 21 à 25 ans | 140 jours | 70 jours à 90 %, puis 70 jours à 66,66 % |
| 26 à 30 ans | 160 jours | 80 jours à 90 %, puis 80 jours à 66,66 % |
| 31 ans et plus | 180 jours | 90 jours à 90 %, puis 90 jours à 66,66 % |
Le calcul du complément se fait en tenant compte des IJ déjà versées par la Sécurité sociale, et éventuellement d’une prévoyance. Une convention collective peut prévoir mieux, parfois nettement mieux, donc je vérifie toujours ce point avant de conclure qu’un montant est “normal”. C’est ce passage qui explique aussi pourquoi la fiche de paie et le virement bancaire ne racontent pas toujours la même histoire, ce qui m’amène à la subrogation.
Ce que vous voyez réellement sur votre compte ou sur la fiche de paie
Il y a deux schémas possibles. Sans subrogation, la CPAM ou la MSA vous verse les IJ directement. Avec subrogation, l’employeur reçoit les indemnités journalières à votre place et vous verse ensuite le salaire maintenu ou le complément prévu. En pratique, cela peut faire une grande différence dans la lisibilité du dossier, surtout quand les sommes passent par la paie.
| Situation | Destinataire des IJ | Ce que vous voyez |
|---|---|---|
| Sans subrogation | Le salarié | Virement de la caisse, distinct de la paie habituelle. |
| Avec subrogation | L’employeur | IJ versées à l’entreprise, puis mention sur la fiche de paie avec maintien de salaire ou complément. |
Je regarde toujours la fiche de paie avant le relevé bancaire, parce que les libellés peuvent être trompeurs : IJ AT/MP, maintien de salaire, complément employeur, prévoyance. Fiscalement, l’indemnité journalière d’accident du travail n’est exonérée qu’à 50 %, ce qui n’est pas la même chose qu’un salaire net classique. Ajoutez les prélèvements sociaux, et vous comprenez vite pourquoi le montant touché peut sembler plus faible que le brut annoncé. Quand le versement paraît incohérent, le vrai remède consiste souvent à reprendre les démarches à la source.
Les démarches qui évitent un retard de paiement
Le paiement se bloque rarement “par hasard”. Dans la majorité des dossiers compliqués, il manque un document, une date ou une attestation. Je conseille de suivre cette chronologie simple :
- Prévenir l’employeur dans la journée ou au plus tard dans les 24 heures, par tout moyen utile.
- Consulter un médecin pour faire constater les lésions et, s’il y a arrêt, obtenir l’avis d’arrêt de travail.
- Vérifier que l’employeur déclare l’accident dans les 48 heures et transmet l’attestation de salaire à la caisse.
- Conserver les copies du certificat médical, de l’arrêt, des échanges avec l’employeur et des bulletins de paie.
- Faire vous-même la déclaration si l’employeur refuse d’établir le dossier.
Un détail souvent oublié : la feuille d’accident du travail permet en principe de bénéficier du tiers payant et de la gratuité des soins dans la limite des tarifs conventionnels. Ce n’est pas le cœur de la rémunération, mais cela évite d’avancer des frais au mauvais moment, ce qui compte beaucoup quand le salaire baisse. Si le dossier tarde, il faut donc vérifier à la fois la déclaration, l’attestation de salaire et le certificat médical initial. Une fois ces pièces rassemblées, il reste encore quelques cas particuliers à examiner avant de conclure que tout est correct.
Les points à vérifier avant de conclure que la paie est correcte
Je termine toujours par trois vérifications très concrètes. D’abord, la date de départ du calcul : le jour de l’accident est payé par l’employeur, puis les IJ démarrent le lendemain. Ensuite, le mois de référence : la caisse retient le salaire brut du mois précédent, pas un mois “moyen” ni une moyenne sur toute l’année. Enfin, la présence ou non de subrogation, car elle change complètement le canal de paiement.
Il faut aussi garder en tête trois cas qui modifient la lecture du dossier : la rechute, qui suit les mêmes règles de versement que l’arrêt initial ; l’Alsace-Moselle, où des règles particulières peuvent être plus favorables ; et la consolidation, c’est-à-dire le moment où l’état de santé se stabilise, même s’il reste des séquelles. Si des séquelles persistent avec un taux d’IPP, on ne parle plus seulement d’indemnités journalières mais d’une éventuelle rente ou d’un capital.
En pratique, je conseille de reconstituer la paie sur trois lignes seulement : le jour de l’accident, les IJ de la CPAM ou de la MSA et le complément éventuel de l’employeur. Quand ces trois blocs sont clairs, on repère vite une erreur, un oubli de subrogation ou un simple effet de plafond.